Starting Blocks Magazine

Le magazine pour la promotion des pépites de l’entrepreneuriat

Accueil > À la Une > ARTS DESIGN AFRICA : « L’Afrique est une galerie d’art à ciel ouvert (...)

ARTS DESIGN AFRICA : « L’Afrique est une galerie d’art à ciel ouvert ».

dimanche 14 janvier 2018, par Carla Biancarelli

L’ère numérique au service de l’art contemporain où la promotion des artistes africains : c’est le défi que s’est lancé cette jeune startup fondée en 2016 par deux working girls passionnées. Rencontre avec Justine Balsan et Julie Abissegué, cofondatrices d’Arts Design Africa, plateforme de vente en ligne d’art contemporain africain.

STBM : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ? Comment l’aventure Arts Design Africa a-t-elle débutée ?

Justine : Je m’appelle Justine Balsan, j’ai 28 ans, je suis sorti diplômé d’une école de commerce en 2013 et je travaillais en tant que chef de projet marketing dans l’agroalimentaire.
Depuis toute petite, j’ai toujours été passionné par l’art, un héritage offert par mon entourage, par ma famille plus exactement.
Très vite, j’ai donc pris la décision de quitter le monde de la grande distribution pour me lancer dans la création d’une startup dédiée à l’art contemporain. Créer ma propre entreprise et être indépendante a toujours été mon ambition première. C’était un rêve que je gardais dans le coin de ma tête dès que j’ai décroché mon baccalauréat.

Julie : Je suis Julie Abissegué, j’ai 45 ans et avant Arts Design Africa, j’ai travaillé pendant 20 ans dans le milieu de la communication, le marketing et l’évènementiel. J’ai commencé à m’intéresser à l’art grâce à mon activité professionnelle. Après avoir géré un portefeuille client qui recherchait un lieu d’exposition pour un événement, je me suis tourné vers cet univers qui m’était, à l’époque, complètement étranger. Et c’est comme ça qu’est né le concept « Design is everywhere in Africa ». En voulant organiser une exposition qui abritait des artistes africains, je me suis posé la question « qui est l’avant garde de la scène artistique africaine » et en tant que franco-camerounaise, en creusant un peu, je me suis rendu compte que je ne connaissais aucun artiste de ce continent. J’ai fait quelques recherches et l’aventure a commencé avec la création d’une simple page Facebook pour expérimenter notre concept pendant 6 mois. Cela nous a paru comme une évidence de proposer à de jeunes talents une plateforme sous forme de galerie digitale.

STBM : Quelle était votre envie en créant cette galerie ?

Julie : Nous avons décidé de créer cette galerie digitale pour montrer au plus grand nombre tout le bouillonnement culturel du continent à travers la fenêtre du numérique. L’idée était de capter une vaste audience, notamment via les réseaux sociaux, et de toucher une cible qui n’a habituellement pas accès au cercle très fermé de l’art contemporain

Justine : On souhaitait véritablement offrir à nos artistes la plus grande des visibilités. Une visibilité impossible à donner avec l’ouverture d’une boutique d’art au cœur de Paris. La dimension numérique nous permet de diffuser l’information en une fraction de seconde et nous pouvons la développer sur différents supports : nous avons en projet la création d’une application sur smartphone. Via le numérique, on peut être partout, et s’affranchir de nos frontières.

nom de l’œuvre et son auteur

STBM : Avez-vous des concurrents sur ce marché ?

Justine : Bien sûr, il y a des sites de vente en ligne d’art contemporain, mais une galerie en ligne qui proposent des œuvres d’art africain, il n’y en a qu’une et c’est Arts Design Africa.
Il faut savoir que nous sommes aussi une galerie de conseil : nous accompagnons nos artistes en amont dans la définition de leur stratégie. Nous leur programmons des interviews et des projets à l’international. C’est vraiment LE concept de la nouvelle génération de galeries : nous ne sommes pas juste une boîte à stocker des œuvres, on va beaucoup plus loin dans notre relation avec nos artistes.

Julie : Je n’aime pas parler de concurrents, mais plutôt de partenaires. Nous aimerions tisser un réseau avec les galeries physiques du continent africain : avoir des points d’ancrage au Sénégal, au Bénin, au Cameroun par exemple avec des galeries partenaires pour avoir un seul interlocuteur qui centralise l’ensemble des artistes sur place. Nous sommes référencées en tant que galerie digitale au même titre qu’une galerie physique. Nous n’avons pas inventé le concept de galeries en ligne. On surfe sur un nouveau désir déjà existant.

STBM : Comment sélectionnez-vous vos artistes ? Et leurs œuvres ?

Justine : La plupart des artistes que nous sélectionnons proviennent de rencontres spontanées, de bouche à oreille, ou de collectionneurs qui nous contactent pour nous présenter de jeunes talents prometteurs. On s’intéresse aux artistes émergents qui ne sont pas encore signés en galerie et qui ne sont pas représentés.
Puis, dans un second temps, nous travaillons avec un comité d’experts qui nous aide à faire une sélection.
Les artistes peuvent aussi postuler en ligne sur notre site internet, de manière spontanée. Nous échangeons avec eux, puis nous les rencontrons systématiquement. On aime instaurer un lien fort, prendre le temps de les connaître, les écouter. Nous nous rendons dans leurs ateliers, ou ils se déplacent dans nos bureaux. Nous ne sommes pas juste une galerie en ligne, nous sommes une famille.

STBM : Assiste-t-on à une démocratisation de l’art ?

Julie : On observe que le marché de l’art a beaucoup changé. Qu’il y a une croissance de 20 % ! Dans cette niche là, le marché africain a sa carte à jouer : le printemps parisien 2017 a été marqué par énormément d’événements sur l’art contemporain, que ce soit la fondation Louis Vuitton, le grand palais avec l’Art Paris Fair, la Villette, les foires et les maisons de vente. On assiste à une démocratisation de l’art, et en l’occurrence de l’art africain : ces artistes ont un public. La scène artistique est prête à accueillir et entrer en contact avec ces jeunes talents africains. Les acteurs sont présents. Le marché est prometteur.

STBM : Quel est le profil des acheteurs ?

Justine : Ce sont des personnes qui ont déjà une relation particulière à l’Afrique, que ce soit par leur origine ou pour y avoir vécu et qui fonctionne davantage par véritable coup de cœur que par idée de placement financier. Dans leur processus d’achat, c’est la dimension artistique qui prime : ils préfèrent soutenir un artiste qu’il affectionne ou simplement choisir une œuvre qui a du sens, plutôt que d’acheter un cadre chez Ikea. On a une majorité d’acheteurs français, mais il y a, de plus en plus, une appétence de clients des 4 coins du monde.

Julie : Nous avons aussi beaucoup de collectionneurs francophones qui sont à l’affut des nouveaux talents du continent.
Il y a une vraie tendance africaine qui se développe en Europe. « Consommer africain », c’est la nouvelle vague du moment. C’est donc un excellent timing pour Arts Design Africa. On promeut nos jeunes artistes partout dans le monde, pour montrer une autre facette du continent africain. Un de nos engagements est de casser l’image d’une Afrique stéréotypée véhiculée par les médias. Non, l’Afrique n’est pas que famine et pauvreté. L’Asie, l’Europe et l’Amérique ne sont pas les 3 continents du monde. Nous avons un 4e continent qui vit, qui innove, qui évolue, qui crée en permanence et qui a du talent.

STBM : Quelles sont les difficultés en créant ce type de business ?

Justine : Je pense que ce sont les mêmes difficultés pour tout le monde : il faut arriver à se structurer, à mettre en place des objectifs, s’y tenir et s’entourer des bonnes personnes. C’est un vrai challenge.

Julie : Créer son entreprise signifie affronter des problématiques, et se retrouver face à un mur au quotidien. Il faut s’accrocher, prendre le temps de la réflexion, ne pas se précipiter et aller au bout de son projet. Si une startup échoue, ce n’est pas grave, elle sera allée au bout de ses capacités, et aura exploré son concept au maximum.
Mais l’important c’est de se lancer. Vous savez, nous sommes deux femmes, deux Parisiennes qui se sont lancées dans le digital. Nous n’étions pas des expertes et nous avons dû nous affirmer, nous créer une place et un nom dans un milieu qui nous était inconnu et une société, bien qu’ultra évolué, qui a encore du chemin à parcourir en termes d’égalité hommes/femmes.

Justement, vous avez reçu le prix MoneyGram, considérez vous cela comme une consécration ou pensez vous que la route est encore longue ?

Julie : Le prix MoneyGram est une cérémonie qui récompense les entrepreneurs à l’internationale. Avec Arts Design Africa, nous représentions la France. Nous étions une dizaine de participants. À l’issue de la remise des prix, ils nous ont fait la promesse de nous accompagner tout au long de l’évolution de notre startup. Nous avons également été sélectionnés pour la 2e édition d’une foire de design, nous sommes surexcitées et heureuses de faire partie de cette nouvelle aventure.
C’est très important pour nous de participer à ces événements. Ce n’est pas pour l’importance de gagner un prix, mais c’est pour l’opportunité de parler de l’Afrique, de la mettre en valeur, de montrer une facette plus positive. C’est gratifiant de pouvoir gagner une reconnaissance à l’échelle internationale, car on réalise que notre voix peut compter.

Justine : Je ne vois pas ce prix comme une victoire, mais comme une reconnaissance. Ils ont réellement eu un coup de cœur, ils ont trouvé le concept formidable. Le fait que nous mettions en avant l’aspect positif de l’Afrique, loin des stéréotypes habituels, les a, je pense, convaincus. Nous avons eu la chance incroyable de présenter notre projet en Italie, ce qui est un vrai accélérateur en termes de visibilité. C’était un challenge que nous avons remporté. J’espère qu’il y en aura d’autres. (rires)

STBM : Si vous aviez des conseils à donner à un jeune qui veut lancer sa startup ?

Julie : Être entouré. C’est l’élément le plus important. Ne pas être isolé. Vous voyez, aujourd’hui, nous vous recevons dans notre espace de travail : c’est un co-working qui abrite des dizaines de startups, d’univers différents. Et c’est un vrai avantage : il y a une réelle solidarité et une entraide en permanence. Nous déjeunons ensemble, on se retrouve à la pause autour d’un café, on débat, on discute de nos problématiques du jour, de nos points forts, de nos points faibles et l’on essaye au maximum de s’élever vers le haut. Si je travaille sur un outil que je ne maitrise pas, et que la startup du bureau d’à côté y est spécialiste, vous pouvez être sure qu’elle prendra le temps de m’aider. C’est ça, l’esprit startup. C’est profondément enrichissant.

STBM : Quelles sont vos perspectives d’évolution à présent ?

Justine : Au long terme, l’objectif n° 1 est de s’étendre en Europe, et continuer à tisser des partenariats avec des artistes en Afrique, ou des acteurs du commerce africain. À court terme, à la rentrée prochaine, nous préparons quelques surprises : de nouvelles collaborations, des rencontres avec des créateurs et de nouveaux
artistes. Notre projet d’application pour smartphone pourrait peut-être voir le jour. En clair, nous allons développer le concept dans une dimension encore plus vaste.


Voir en ligne : https://artsdesignafrica.com/